26 mars 2006
Un battement d’aille sous la pluie
Il pleut. La voiture éclaire de ses fars jaunes les gouttes qui tombent inlassablement. Il fait noir. Les fars éclairent la route, le noir perdure autour. La route est droite. Il n’y a rien, personne. Juste moi et la route. Elle me ramène chez moi par un chemin droit, déjà tracé et net. Il n’y a pas d’autre parcours. C’est par là. Je n’ai pas le choix. Je dois rentrer.
La pluie vient frapper le par brise. Les gouttes ruissellent sur la vitre, poussées par le vent frais du soir. Les lampadaires s’allument, la nuit est tombée. Les larmes du ciel brillent à la lumière, elles dansent sous les lampes et finissent leur chute dans le noir, sur du goudron froid, solide et implacable. Elles viennent s’écraser sur le chemin tout tracé. Je ne veux pas rentrer mais je suis entraînée. Je n’ai pas le choix. Alors, je regarde la route, mes larmes viennent se mélanger à celles du ciel. Ma tête est posée contre la vitre, elle ressent les inconstances de la route. Je me cogne. Je pleure de devoir rentrer. Je pleure de devoir recommencer comme avant.
Mais là, loin au fond de la rue, perchée sur la barrière interdisant l’accès à la voie de chemin de fer, j’aperçois une grande chouette blanche. Sa tête est penchée vers le sol. Elle guète. Ses plumes sont blanches et pures. Je m’approche d’elle. Elle tourne la tête. Elle me voit. Elle déploie alors ses longues ailles, et s’envole d’un saut majestueux. Je la suis du regard tandis que la voiture continue d’avancer. Son vol est royal, rapide et souple. Elle suit notre voiture, elle est toujours à mon niveau. Elle va dans la même direction que moi. J’ai eu tort. Il n’y a pas qu’un seul chemin pour continuer. Il y a aussi la voie des airs.
15 mars 2006
Une petite pousse dans la brume
Je l'ai vu pousser de mes cendres. Une petite pousse est apparue alors que je soufflais sur les restes de mon corps. Il a brûlé comme mon âme, ce corps impur et souillé. Et de mes cendres j'ai vu, une petite pousse grimper. Elle est fine, fragile et sensible. Elle est belle, douce et mousseuse. Cette pousse inespérée, cette pousse ensorcelée, c'est l'espoir que j'attendais de voir ma vie se réveiller.Je dois en prendre soin, je dois bien l'arroser. Cette plante ressuscitée, cette plante revitalisée. Elle grandit au cours de mes pensées, elle tombe malade parfois. Elle est si fragile. Et quand je m'évade dans la brume, elle ne peut me suivre et dépérit. Et quand par miracle je reviens dans ce pays au cœur lointain, la petite pousse de mon corps reprend sa lancée. Elle monte doucement. Il lui faut de la lumière. Mais les ténèbres sont proches, elles s'acharnent contre moi. Alors la petite plante vient me sauver, elle ranime le feu en moi et de mes cendres alors elle peut se nourrir, pour puiser l'espoir et la foi. Jour après jour je l'arroserai, pour qu'enfin un jour, la petite pousse de mes cendres devienne l’arbre de mon avenir.
La pluie de mon esprit
La nuit est fraîche.
Le temps est léger.
Rien ne prouve qu'il va pleuvoir.
Le ciel est dégagé, mon cœur aussi.
Rien ne fait penser au désespoir.
Mais il arrive, le gris prémonitoire, l'impétueux nuage des plus horribles formes.
Rien ne l'empêche de courir vers le bout de ciel bleu qui me couvre encore la tête.
Les pensées ordonnées s'effacent telle la vapeur chaude qui s'échappe des cheminées. Le nuage peu à peu recouvre tout, des toits de tuiles aux murs de mon esprit. Rien ne peut l'empêcher de pleurer.
Le vent se joint à lui et tout bascule dans mon esprit. La foudre frappe, le tonnerre retentit. Le vacarme me crève la tête. Rien ne compte plus, juste moi et le nuage. Juste ma vie et la pluie. Juste un rien dans un ensemble. L'eau s’engouffre partout, sous mes yeux, dans ma tête, mon cœur est noyé, mon âme est meurtrie.
Je ne sais que faire, je pense à la pluie, au nuage de fer dans mon ciel gris. Ce nuage si triste qui m'a choisit, pour vider sa mélancolie sur mon front blanchi. Rien ne peut l'empêcher de pleurer et je suis heureuse de le soulager.
La tempête est passée et j'ai survécu… Combien de temps encore avant d'autres désespoirs ? Personne ne le sait mais pour l'instant le ciel est dégagé. Rien ne fait penser qu'il va pleuvoir.
Sauf mon cœur qui n'est plus léger.
Sauf mon cœur qui est endommagé.
08 décembre 2005
Une ange déchue
J’ai suivi maman de l’hôpital à la maison en priant pour qu’elle ne rencontre aucune voiture. Mais non, elle est rentrée sans encombres, juste les yeux ruisselant de larmes, la voix cassée d’avoir tant crier pour me rappeler et les mains tremblantes attaquées par le stress et la tristesse. Elle est sortie de la voiture, doucement, lentement, comme si chaque pas qu’elle faisait la raccrochait à la douloureuse réalité. Elle a cherché ses clefs dans son sac et a due s’y remettre à deux fois avant d’enfin réussir à ouvrir la porte. Elle est restée dans l’entrée, le visage rouge, la respiration lente. La porte s’est refermée toute seule, aucun bruit ne parvenait de la maison, Yann et papa jouaient dans le jardin. Je l’ai vu poser son sac, s’essuyer rapidement les yeux dans la cuisine avec un mouchoir humide, elle ne voulait certainement pas que Yann la voit dans un état pareil. Elle s’est mise devant la porte vitrée de la cuisine qui donnait sur le jardin. Là, elle a regardé son fils jouer avec son mari. Le petit ne savait rien, personne ne lui avait dit que j’étais malade. D’ailleurs, pourquoi dire à un enfant de 7 ans que sa grande sœur va mourir ? Ca n’a pas de sens, il ne fallait pas le faire souffrir avant l’heure. Et l’heure est arrivée car je suis morte.
Maman est restée là, seule, pensive. Elle devait certainement réfléchir à la façon dont elle annoncerait ça au petit. Papa lui, il avait l’air joyeux comme cela, à courir après un ballon en mousse, à tomber et à chahuter avec Yann, mais pas du tout. Il était au courant lui, maman et moi lui avions dit dès que nous étions rentrées de l’hôpital avec les résultats de mon analyse. Il avait fait une drôle de tête ce jour là je me souviens. Puis il était parti seul dehors. Il était revenu une heure plus tard et depuis, il m’a toujours emmenée faire plein de truc. D’ailleurs si je connais si bien les parcs d’attractions c’est grâce à lui. Et mon séjour à l’hôpital n’aura pas été aussi supportable si je n’avais pas reçu chaque jour un nouveau bouquet, une nouvelle tablette de chocolat et un nouveau dessin de la part de Yann, que maman forçait à dessiner en disant que je serais contente de le recevoir. Yann savait que j’étais à l’hôpital, simplement il pensait que j’avais une simple crise d’appendice. C’est si facile de mentir. Comme papa à ce moment là, souriant, riant, alors qu’au fond de lui il explosait, rongé par la peur, par le désespoir. Quand il a vu maman, il a stoppé net sa course, il a couru vers elle et a ouvert la porte en grand. Il a vu les larmes sur ses joues, ses yeux rouges, ses mains tremblantes, son regard vide. Il a comprit. Yann s’est avancé, intrigué par les larmes de sa mère, sans doute les premières qu’il lui voyait, alors que je lui en avais fait couler tant et tant. Papa l’a prise dans ses bras, callant sa tête sur son épaule, et il a pleuré. Il a pleuré et elle a pleuré. Mon petit frère n’a pas compris tout de suite, puis, d’une voix douce et si calme il a demandé :
_ Elle est où Marine ?
Papa s’est redressé net, sous le choc. Maman s’est assise, la tête dans les bras, secouée par d’énormes sanglots. Yann a commencé à paniquer.
_ Elle est où Marine ?
Papa l’a regardé, il avait l’air inquiet, le pauvre petit trésor. J’ai vu une larme couler sur la joue de mon petit frère. Papa la pris dans ses bras, s’est assis et l’a mis sur ses genoux.
_ Marine est partie Yann, tu comprends ? Elle était fatiguée, malade, perdue. Elle est partie Yann, partie.
_ Mais elle est où ?
Et maman, surmontant ses pleures, est venue relayer papa en répondant une fois pour toute à sa question :
_ Elle est dans les étoiles mon chéri. Notre ange est dans les étoiles.
_Pourquoi elle veut plus rester avec nous ?
Des nouvelles larmes ont coulé sur les joues de cet enfant si triste, si seul tout d’un coup devant une réalité et une vérité qu’il n’aurait jamais imaginées.
_ Bien sûr que si… a répondu maman, la voix nonchalante, les épaules affaissées. Bien sûr qu’elle aurait voulu rester avec toi. Mais elle n’a pas pu. J’ai tout ce que j’ai pu pour la garder. Mais elle est partie, elle n’avait pas le choix. Mais sois certain qu’elle serait toujours là, à veiller sur toi.
_ Mais moi je veux pas qu’elle veille sur moi ! Je veux qu’elle soit là ! Là haut elle sert à rien ! Elle avait dit qu’elle resterait avec moi !
Yann s’est mis à pleurer à chaudes larmes. Il ne voulait pas croire cela. C’était impossible pour lui que je puisse partir sans lui, que je le laisse seul avec les parents, seul sans personne avec qui jouer le soir, personne pour lui raconter des histoires quand ni papa ni maman ne sont rentrés du travail, personne non plus pour le chatouiller dans le bain du samedi soir, après le film à la télé. Désormais il serait seul car je l’ai laissé. Je suis partie sans lui. Je le vois pleurer. J’ai tellement envie de le serrer dans mes bras, de lui dire que tout ceci n’est qu’un rêve, un mauvais rêve. Mais non, voilà je suis morte, il faut qu’ils l’acceptent, je l’ai bien fait moi. Papa s’est approché de maman et de Yann et tout trois pleurent désormais en silence, les uns dans les autres. Ils pleurent sur mon sort, pauvre malade. Et moi alors que dois-je faire ? Comment faire pour les atteindre ? Ah non bien entendu je ne peux pas. C’est injuste ! Pourquoi devrais-je rester là à les observer ? Ca ne sert à rien, sinon à me faire encore plus de mal. Mais je ne suis pas censée être au paradis ? Mince à la fin !
Maman s’est relevée, elle a pris Yann dans ses bras et l’a ramener dans sa chambre. Il dort, assommé par l’émotion. Il va dormir toute l’après midi d’ailleurs car il est désormais 15 h 30. Je ne peux pas m’empêcher de le regarder dormir, si tranquille, si beau. Mon petit frère. Maman aussi est allée se coucher. Elle a fermée la porte à clef, je me dis que je ne devrais pas l’observer. Papa est dehors, dans le jardin. Il est assis sur la balançoire que j’aimais tant. Je me souviens que je voulais aller jusqu’au ciel quand j’étais petite. Et je n’y suis toujours pas. Pourquoi ? J’ai quelque chose à faire ? Ou bien est-ce que le paradis ça n’existe pas et que quand on est mort on est obligé de regarder les autres vivrent ce que l’on a pas vécu ? Ce n’est pas juste. Maman a dit « ange » tout à l’heure. Mouais « ange déchue » plutôt maman, je ne suis même pas capable de faire quelque chose pour vous. C’est vrai qu’au moins ici je n’ai plus mal. Mais si j’avais eu le choix, je serais rester mille ans à souffrir pour pouvoir rester près d’eux. Ou alors faites moi partir loin d’eux, ne me laissez pas entre les deux. Ne me laissez pas là !
* * *
Aujourd’hui, je suis au paradis. Mon vœu a été exaucé. Je sais que j’avais une famille, mais combien étions nous ? Trois enfants peut-être…ou alors j’étais fille unique. Est-ce que j’avais un compagnon ? Quel âge j’avais ? De quoi suis-je morte ? D’un cancer, du sida, d’un accident de la route… de tout ça à la fois ? Je ne me souviens plus. Je suis si bien ici que de toute manière je ne veux pas savoir. Et puis c’est bien simple, je ne peux pas savoir, c’est la clef : la clef de mon paradis.
Un amour de jeunesse
La première fois qu’il l’avait vue, c’était à la sortie de l’école.
Il attendait, comme d’habitude, sa femme et son fils, assis tranquillement au volant de sa petite voiture de ville. Elle sorti tout d’un coup de la cours. Comme elle était belle ! Elle lui plut tout de suite avec ses petites boucles blondes qui lui tombaient sur le visage, d’où s’échappait un large sourire lorsqu’elle regardait les enfants. Des dents blanches resplendissantes de jeunesse formaient un sourire si irrésistible qu’il lui aurait bien sauté dessus immédiatement pour l’aimer à la folie. Elle n’était pas très grande et assez menue avec de courtes jambes à la peau pâle. Il la suivit du regard sur le trottoir, tandis qu’elle marchait seule, droite. Jamais il n’avait vu une démarche plus séduisante, plus enivrante. Cette fille était une merveille ! Une véritable beauté !
Il sursauta brusquement quand la portière arrière s’ouvrit et que Jules vint s’asseoir. Son cartable sur les genoux, il s’empressa de montrer à son père les triomphes de sa journée de classe.
« _ Regarde papa ! regarde ! dit-il, en lui tendant un petit morceau de carton, pas plus grand qu’une carte d’identité sur lequel apparaissait un loup gris dans une forêt.
_ Ah ça y est ? Tu as eu ton 10ème bon point ? lui demanda son père.
_ Oui. C’était trop facile, y’avait une question sur la capitale d’Allemagne. Pff trop fastoche ! »
Il récupéra le précieux bon point, tandis que sa mère s’installait à l’avant et que son père faisait démarrer la petite auto.
« _Ca ne va pas Dominique ? Tu es bien rouge…
_ Non, non. Tout va bien chérie, merci.
Il regarda une dernière fois sur le trottoir. Elle avait disparue… Il rentra.
Le soir même, Dominique, pour fêter la réussite de son fiston chéri, prépara un énorme gâteau au chocolat. Ils rirent tous ensemble. Jules adorait le chocolat. Son fils était toute sa vie, il l’aimait plus encore que sa mère. Il était brillant, vivant et enthousiasme. Il réussissait tout ce qu’il entreprenait. Non vraiment, son fils était merveilleux. Mais comme il aurait aimé avoir une fille… La première grossesse de sa femme s’étant très mal passée ainsi que l’accouchement, qui fut critique, le couple s’était entendu afin de ne plus imposer à la mère de telles souffrances. Il aura fallu des soirées entières de discussion, de disputes et de tension pour qu’enfin il cède. Mais son désir d’avoir une petite fille grandissait d’année en année, alors qu’il voyait grandir son enfant, imaginant ce qu’il aurait pu faire s’il avait été d’un autre sexe. Cette idée ne le quittait jamais, le suivant partout, dès qu’il voyait son Jules, son enfant. Et il voyait les pères heureux, à la sortie des écoles, traînant avec eux leurs gamines, leur donnant la main ou les portant sur leurs épaules et une rancœur maladive rongeait son cœur. Il repensa à elle, qu’il avait aperçu sur le trottoir des enfants, si belle, si parfaite. Et sa femme et son fils qui étaient là, devant lui en train de manger, sans se douter une seule seconde du mal qui le dévorait depuis si longtemps de l’intérieur. Il ne laissait rien paraître, tenant à son foyer. Il aimait sa femme certes, mais elle avait perdue ce je ne sais quoi qui l’avait séduit, il y a de cela tant d’années. Elle avait vieillie. Alors que l’autre, si jeune, resplendissait de vie, de fougue. En un regard, en un sourire, elle l’avait possédé.
Il ne loupa plus aucune sortie de classe, attendant patiemment la fin des cours. Et chaque soir il la voyait, plus belle chaque jour à ses yeux, avec cette même allure enivrante, ces mêmes bouclettes adorables, cette même solitude. Elle ne le voyait pas, retranché dans sa voiture, les mains agrippées au volant dès qu’elle paraissait. Elle continuait son chemin, parfois en fredonnant ou bien parfois les yeux rouges et fatigués d’une longue journée. Maintenant plus que de l’adorer, il la désirait tellement que cela n’était plus vivable. Une fois même, alors que Jules et Véronique avaient décidé de rentrer à pied, il la suivit jusqu’à chez elle. Là encore, elle était seule, personne pour l’accueillir, pas une voiture devant le portail, pas un aboiement. Sa maison était pourtant grande, laissant deviner une intense vie de famille. Rassasié de l’avoir vue plus longtemps qu’à l’accoutumée, il rentra la tête pleine de rêves, programmant déjà leur rencontre.
Cela dura deux mois. Et enfin, il eut l’opportunité qu’il attendait. Sa femme, institutrice dans la même école que son fils l’appela en plein milieu de l’après midi alors qu’il était encore en plein travail, dans son bureau de comptable industriel. Jules s’était tordue le poignet elle allait l’emmener aux urgences à deux pas de l’école. Il n’était donc pas nécessaire qu’il vienne les chercher. Il y alla néanmoins, bien décider à s’offrir ce qu’il attendait. Par chance, il pleuvait drue. Il avait bien deux heures devant lui, il s’agissait d’aller droit au but. Il la vit tout de suite, se couvrant la tête comme elle pouvait avec un sac, trop lourd pour ses petits bras frêles. Alors, sur de lui, il roula jusqu’à elle, baissa sa vitre et l’invita à monter. Il la ramènerait plus tard quand la pluie aurait cessé. En attendant elle pouvait toujours venir prendre un chocolat chaud chez lui. Elle accepta volontiers, heureuse d’être sauvée de l’eau et excitée à l’idée du chocolat. Il lui demanda son nom, elle s’appelait Nina. Elle s’était mise à l’arrière, par habitude. Vêtue d’une simple robe rouge à fleurs blanches, elle attendait sagement, observant les gouttes d’eau qui ruisselaient sur la vitre remontée, pressée d’être au chaud. Lui, impatient et excité au possible, ne cessait de lui lancer des regards avides à travers le rétroviseur. Il roula plus vite encore, pressé d’être arrivé, obsédé par cette créature à l’arrière de son véhicule. Enfin, il arriva.
La pluie, dieu merci, tombait toujours. Ils entrèrent rapidement, riant d’être si vite trempés. La délivrant de son sac, il l’installa dans sa cuisine, la questionnant sur sa journée tandis qu’il faisait bouillir le lait. Oui, Nina avait passé une excellente journée, elle avait réussi son travail et en était très fière. Alors qu’ils discutaient, une odeur de chocolat sucrée et voluptueuse envahit la pièce. Nina sourit d’un sourire éclatant en voyant la grande tasse posée devant elle. Elle remercia Dominique chaleureusement et bu. Lui, assis devant elle, la dévorait des yeux, possédé à jamais par son visage cristallin, par ses mains fines et délicates, par ses yeux de chat et par ses cheveux d’or. Il l’aimait ; oh oui il l’aimait à en crever. Il la voulait, la maintenant, tout de suite où il mourrait. Et justement elle se leva et demanda les toilettes. Alors il la conduisit. Ils grimpèrent l’escalier en moquette, tournèrent à gauche, traversèrent un long couloir et arrivèrent devant une petite porte en bois vieilli. Il ouvrit et l’introduisit dans la pièce. Nina stoppa net. Ce n’était pas les toilettes. Pas de lumière, pas de fenêtre, pas de moquette. Juste un vieux matelas troué, de la poussière, des sauts, des balais, des cartons et lui. Ce n’était pas des toilettes. Comme elle était belle avec son air paniqué. Maintenant ou jamais, maintenant. L’envie le tuait, le déchirait, il ne pouvait résister. Il la voulait, il l’aurait. Il referma la porte. Plus aucune lumière n’éclairait le débarras. Il la pris dans ses bras et l’allongea sur le lit. Elle parla. Que faisait-il ? Non, elle ne voulait pas, elle voulait aller aux toilettes. Il la voulait, il l’aurait. Il l’aimait, si belle et si fragile sous son corps d’homme. Pourquoi se débattait-elle ? Il ne voulait pas lui faire de mal pourtant. Il voulait juste l’aimer.
La robe rouge glissa au sol, accompagnée d’un cri striant de Nina. Alors pour la calmer, pour qu’elle l’aime autant que lui, il lui bloqua la bouche, pour laisser le silence s’emparer d’eau. La pluie frappait le toit en un rythme saccadé, affolé. Le vent soufflait sur la maison. Son rêve se réalisa. Il eut une fille, encore, encore et encore. Elle pleurait maintenant, comme pour accompagner la pluie qui ne cessait pas. Elle pleurait de plaisir certainement, il en était assuré. Encore, encore et encore. Il se sentait renaître à travers cette jeunesse, du plus profond de son être, comme du sien. Encore, encore et encore. Il l’eut à la folie, son corps entier brûlait d’extase. Ses yeux se fermèrent, il glissa au paradis, filant entre les nuages. Encore, encore et encore. Elle ne pleurait plus, les yeux fermés elle aussi, seule sa respiration saccadée, rapide et suffocante prouvait qu’elle ne dormait pas. Elle devait certainement aimé le paradis qu’il lui offrait. Encore, encore et encore. Et ce fut fini. Il était aller tellement loin entre les nuages des cieux, si profond en elle, si fort. Il l’avait aimé autant qu’il avait pu. Nina se remit à pleurer. Il ne comprenait pas… pourquoi pleuraient-elles toutes ? Cela était si bon. Elle se rhabilla, toute fébrile. Il ouvrit la porte, la lumière rentra.
La pluie avait cessé, les nuages s’étaient dissipés. De fines perles d’eau s’accrochait à la nature, resplendissant au soleil, donnant au monde une couleur doré superbe. Il la raccompagna chez elle, lui faisant promettre de garder leur rencontre secrète pour en conserver la magie. Pas de problème, elle ne dirait rien… Le soir même, avant de rejoindre sa femme, Dominique revint dans cette petite pièce sans fenêtre. Il fouilla un carton et en sortit un vieux calepin miteux. Et là, assis sur le vieux matelas taché, il écrivit, à la suite d’une liste de prénoms : « Nina, juin 2005, 10 ans ».
La pluie avait cessé et la vie allait continuer. Encore, encore et encore.
l'Autre
Il pleut.
je marche, enfin je crois. Peut-être que je cours...
La rue défile très vite autour de moi. Les voitures garées foncent derrière moi. Non, il me semble que je marche. Je marche juste vite, c'est tout. Il pleut beaucoup, je suis trempée. Je ne sais pas trop où j'ai envie d'aller. J'aime bien la pluie moi. D'ailleurs ca me donne envie de chanter. Alors je sifflote doucement pour ne gêner personne. Remarque, y'a pas grand monde. Je suis presque seule dans cette rue. C'est normal, il pleut, les gens n'aiment pas la pluie. Moi je m'en fiche, je plane sous les gouttes.
M'enfin, je peux quand même pas chanter trop fort, je ne suis pas seule.
Y'a quelqu'un derrière moi qui marche sous la pluie. Il est très silencieux, heureusement que j'ai regardé derrière moi sinon je ne l'aurais pas remarqué. Je n'ai pas vu ses traits. Il est très grand, plus que moi. La lumière ne l'effleure pas. La pluie lui tombe dessus sans que ça ait l'air de le gêner.
Je continue de marcher. Il me suit. J'ai vraiment l'impression qu'il me suit. Je change de trottoir. Il change de trottoir immédiatement après moi. La lumière des lampadaires fait briller l'eau du ciel, et il me semble que cette même lumière le rend encore plus imposant, lorsque je me retourne. Il est toujours là. J'accélère. Il accélère. Je commence doucement à paniquer. J'en ai marre, j'ai jamais apprécié qu'on me suive. Je me retourne brusquement, il ne sursaute même pas.
"- Bon, ça suffit maintenant ! Laissez moi !
Il ne dit rien, il ne me répond pas. La lumière l'agrandit. J'ai l'impression qu'il me sourit. En tout cas il ne fait rien. Je lève les épaules et soupire. Il lève les épaules mais ne dit rien.
"- Ah non hein ! Arrête ! Ca suffit !"
Il ne répond toujours pas. Je panique vraiment maintenant. Je décide de partir loin. Il pleut de plus en plus fort. Je rebondi dans les flaques, je cours.
Je tourne la tête rapidement. Il est là, sa présence m'étouffe. Je cours plus vite encore, les lumières ont disparues, j'ai tourné et j'arrive dans une autre rue. Elle est sombre, elle me fait peur. Il ne faut pas qu'il me rattrape. La pluie me fait glisser maintenant, le noir m'envahie. J'ai froid et je sue. Je vérifie rapidement. Il a disparu. Je suis essouflée. L'ombre m'entoure. Je n'aime pas cette rue. Je n'arrive plus à voir les gouttes tomber du ciel. Il faut que je sorte d'ici. J'arrive à un tournant, j'ai mal à la tête. Le centre ville est proche. Les lampadaires réapparaissent. Je me repose un instant. Ma respiration est rapide. Je souffle.
Soudain la lumière me permet de le voir. Je n'ai pas réussi à le semer. Mon coeur se serre brusquement. Ma tête va exploser et je vais vomir. Pourquoi me suit-il ? Non, je ne veux pas qu'il me suive. Je cries que je ne veux pas. Je cours. Les gens me regardent courir. Personne ne l'arrête, personne ne m'aide. Non ! Laisse moi tranquille !
Je cours.
Je cours.
Je cours jusqu'à mon appartement. La porte s'ouvre à la volée. Il n'osera pas entrer, à me suivre jusqu'ici il aurait des ennuis. Il fait sombre. Je regarde : il n'est plus là. Je suis sauvée.
J'entends quelqu'un qui se lève, au fond du couloir. Ca doit être Lucile. Je ne rentre jamais aussi tard, elle devait déjà dormir.
"- Marie, c'est toi ? me demande-t-elle,
- Oui, je lui réponds en chuchottant.
Elle allume la lumière. Je scrutte l'appartement. Il est là. Il se cachat. Il me touche.
- NON !!"
Et je tombe...
* * *
Ma tête est lourde. J'ai la nausée.
Je sens une main caresser mes cheveux. J'ouvre les yeux. Lucile est là. Je suis sur le canapé, allongée et enroulée dans une couverture. La télé indique 8 heures du matin. Nous sommes donc dimmanche.
"- Bonjour ! J'ai cru que j'allais devoir rester la journée, me dit-elle en souriant
- Désolée. Mais qu'est ce que je fais là ?
- Ba t'es rentrée en sueur, trempée jusqu'au cou. Et ensuite, quand j'ai appuyer sur l'interrupteur tu es devenue folle, tu as du partir dans un mauvais trip. Tu t'es évanouie et je me suis occupée de toi.
- Ah oui ! Mais non ! J'ai eu peur, y'avait un pervesrs qui me suivait depuis le bar.
- Marine, c'était ton ombre."
03 décembre 2005
Un jour... Peut-être.
Le vent brisait les feuilles, la pluie crépitait aux carreaux des fenêtres. Les portes claquaient quand l’air froid et rapide s’engouffrait dans les appartements de l’immeuble. Mais ce n’était ni le vent ni la pluie qui assourdissaient les esprits, mais bien les deux voix du premier.
« - Tais toi ! Mais tais toi ! Tu n’as pas le droit de dire ça ! fit Angèle, les yeux inondés de larmes, le cri vibrant, les membres tremblants.
- Angèle, je t’en supplie calme toi. Ne t’énerve pas.
- C’est facile à dire, as-tu seulement entendu ce que tu as dit ?! »
L’homme qui se trouvait en face d’elle l’exaspérait, l’outrageait. Il ne pouvait pas comprendre. Il ne pouvait pas se mettre à sa place. Elle n’accepterai pas.
« - Mais enfin, reprit son compagnon, tu sais très bien ce qui arrivera. Je ne peux pas te laisser faire ça.
- Tu n’as aucun droit sur moi ! Comment oses tu me dire ce que je dois faire ? C’est à moi de décider. Tu n’es pas concerné. C’est moi qui le porte !
- Un enfant ça se fait à deux ! J’estime que j’ai mon mot à dire. A deux tu entends ?! Tu n’y survivras pas !
- Laisse moi essayer ! Laisse moi essayer… »
Les larmes reprirent, les cris cessèrent. Angèle tremblait de colère, de rage, de désespoir. L’eau salée de ses yeux coulait le long de ses joues, cascade de tristesse et pluie d’abandon. Elle le regarda, le regard vide, les cheveux humides, la bouche secouée de froid. Il compris à ses yeux qu’elle acceptait. Il s’approcha lentement d’elle les bras en avant prêt à l’accueillir. Elle s’y jeta, les bras accrochés à son cou, la tête repliée sur son épaule, la respiration saccadée. Il tenait tellement à elle, si fragile, si faible au moindre effort. Non, ils ne pouvaient pas faire ça.
« -On ne peut pas, murmura-t-il à son oreille. On ne peut pas encore. Attends d’être guérie mon amour. J’attendrai avec toi.
- Je ne serais jamais guérie… tu le sais.
- Un jour… Peut-être. Ne dis pas ça, tu peux guérir, laisse toi le temps. Tu seras mère, je te le promets. Mais ne vas pas te perdre sur une route inaccessible.
- Un jour…Peut-être », répéta-t-elle.
Et elle pleura. Elle pleura jusqu’à tomber de fatigue. Il la porta jusqu’au lit, la déposa délicatement à sa place et l’allongea confortablement. En rabattant les draps sur son corps meurtri, son regard s’arrêta sur une bosse au niveau de la poche de son pantalon. Il y plongea la main. Une barre en plastique blanc s’allongea dans sa main. Une petite croix bleue brillait en son extrémité. Bleu pour positif.
Le bleu, pourtant la couleur de la sérénité, avait alors le visage sadique de celui qui vient tout détruire.
Laissant dormir Angèle, il sortit de la chambre, prenant bien soin de refermer la porte. La cuisine l’accueillit. Il se dirigea vers la poubelle et en un dernier geste, jeta ce bleu sadique, ce bleu destructeur. Un jour, se promit-il, ce bleu serait serein, espérant de heureux. Et la vie vaincra, le temps qu’il faudra. Un jour… Peut-être.
30 novembre 2005
Soleil Levant
Histoire d'une fille qui se réveille...
Le soleil se lève.
Le rose apparaît timidement d’entre les nuages, un rose pâle évasé, libre d’aller envahir le ciel. La fenêtre de ma chambre est fermée mais la lumière ne s’arrête pas : le rose s’engouffre entre mes draps, rejoint bientôt par un jaune nouveau né. Mes draps se chauffent, je sors doucement de ma torpeur. Les rayons du soleil lointain me baignent les yeux.
Je les ouvre. Le monde m’apparaît.
Ma chambre est éclairée de cette simple lumière. La fine couche de poussière nouvellement installée sur mes étagères brille de milles couleurs. Peu à peu, le rose fusionne avec le jaune de ma poussière, mes yeux observent avec respect ce ballet des couleurs. Le bleu danse avec le vert et le rouge virevolte avec le violet en s’entrechoquant, en se frottant aux meubles. L’ombre apparaît, naissant aussi vite que grandit la lumière. Je sais alors qu’il faut que je me lève.
21 novembre 2005
l'eau de la gouttière
Ploc, ploc, ploc…
L’eau coule de la gouttière. Une cadence insoutenable, un rythme effréné qui va me rendre folle.
Ploc, ploc, ploc…
Les gouttes se fracassent et me dispersent. La concentration m’échappe. Mon esprit se vide. Il se fixe, il se pose sur ce bruit incessant.
Ploc, ploc, ploc…
Une goutte, deux gouttes, trois gouttes…
Il faut que j’arrête ce vacarme. Je vais perdre mon temps si je ne fais pas cesser ce bruit. Je ferme la fenêtre. Il ne pleut plus depuis longtemps pourtant. Je me replonge dans mon travail. J’ai à rendre ce manuscrit pour demain.
Ploc, ploc, ploc…
Non, ce n’est pas possible. La fenêtre est fermée. Pourquoi est-ce que je l’entends encore ? Ce doit être dans ma tête. Concentre toi ! Il faut que tu finisses ton texte. Allez, au travail !
Ploc, ploc, ploc…
Ploc, ploc, ploc…
C’est fini, je n’y arriverai pas. Je me lève. J’ouvre la fenêtre. Je me penche pour voir mon bourreau. La gouttière est là. Elle me nargue, elle sait très bien que je ne peux l’atteindre.
Ploc, ploc, ploc…
Elle m’agace et elle le sait. Je la regarde. Elle ne se détourne pas.
« - Chante maintenant que je ne peux qu’écouter ! »
Et elle me répond.
Ploc, ploc, ploc…
Je regarde les gouttes.
Une, deux, trois… … quatre… … … … cinq.
Le rythme ralentit, les gouttes s’espacent. La gouttière se rend. J’ai gagné.
Je ferme la fenêtre. Je me rassois. Ma page m’attend, à moitié remplie, à moitié finie. Je recommence. J’écris deux lignes. Je cherche, j’ai une idée, mais…
Tic, tac, tic, tac…
les feuilles d'automne
Tombent les feuilles d’automne.
Les tourbillons dorés et ocres inondent mes yeux tandis que je marche dans ce parc sans fin. De longues allées recouvertes de feuilles mortes ayant fini leur chute s’offrent à moi. Je ne les mérite pas. Voici déjà deux heures que j’ère sans but, sans chemin. Ces couleurs chaudes m’envahissent en cette saison pourtant si froide. Mon corps cependant refroidit, anéanti par la brise constante qui, soufflant dans les arbres, crée ces tourbillons qui me sont si chers. J’ai l’impression que mon âme se décompose avec toutes ces anciennes vies. S’arrêtera-t-elle au sol pour former un amas détruit qui se dégradera avec le temps ?
Dorées les feuilles, grise mon âme.
Voici déjà deux heures que j’ère sans destin. J’ai froid, je tremble. Mes pas sont lents, les bruissements des feuilles qui craquent sous mon poids viennent troubler le calme serein qui règne ici.
Il faudra bientôt que je rentre. Non, pas tout de suite, je suis si bien, même sous le froid. Mon bonnet me réchauffe les oreilles, mes gants s’occupent de mes mains et mon écharpe encercle mon cou comme un serpent autour de sa proie. Mon âme a froid. J’ai mal, mais je suis bien.
Dorées les feuilles, grise mon âme.
Ici, personne pour me troubler, personne pour me briser.
Ici, le ciel est blanc.
Les rayons du soleil transpercent la brume viennent frappés les arbres, explosant sur la fine couche de gel couvrant l’écorce. Les couleurs m’envahissent et j’avance encore.
Un unique banc de bois s’offre à moi. Je m’assois. Il craque, ou plutôt, il chante. Il chante avec le vent, avec les feuilles, avec les branches. J’appuie mon dos sur son dossier offert, je ferme les yeux et j’écoute cette musique si bienfaitrice.
Ici, les saisons passent, la vie meurt et renaît. La vie continue. La chance est accessible. J’aurais d’autres chances, j’aurais d’autres espérances. Je n’aurais plus à faire ce choix. Une partie de moi me manque mais je la recréerai.
Soudain ma musique se brouille. J’entends quelque chose d’autre. Des craquements, des pas, des fausses notes. J’ouvre les yeux. Il est devant moi. Une feuille tombée s’est accrochée à son épaule dans un dernier effort. Ses mains sont rougies par le froid. Je les prends dans les miennes pour les réchauffer. Il me relève. Les feuilles tombent autour de nous en une dernière danse. Le doré, le rouge, le orange se reflètent dans nos yeux. Et pour la première fois depuis trois heures, ma voix se fait entendre, faible chant contre le vent.
« - Je l’aimais déjà, Antoine. Je l’aurais aimé de toute mon âme »
Les feuilles sont tombées. Les rayons du soleil percent la brume et explosent contre le givre de l’écorce et sur les larmes de ses yeux. Il me prend la main et nous marchons encore, ensemble. Ici, la vie continue.
Tombent les feuilles d’automne.



